La frustration, comment la comprendre et la gérer ?
- Alexandre Jerome
- 23 mai 2020
- 6 min de lecture

La frustration est une réponse émotionnelle à l'opposition. Liée à la colère et la déception, elle survient lors d'une résistance perçue par la volonté d'un individu. Plus l'obstruction et la volonté de l'individu sont grandes, plus grande sera la frustration.
La frustration est la réponse que l'on obtient face à une forme d'opposition de notre désir, face à une impression d’injustice, un manque de contrôle, d’impuissance, ce qui engendre colère, la déception, impatience, révolte, jalousie et tristesse… Plus ce qui obstrue notre désir est grand, plus la frustration est vouée à grandir aussi. C’est le sentiment que nous éprouvons quand l’un de nos désirs n’est pas satisfait. Elle est une réaction à un désir inassouvi, et d’ailleurs, un désir assouvi n’est plus un désir. C’est donc bien un besoin non satisfait qui nous indique vers quoi l’on désire aller.

La frustration peut être un moteur
Lorsque nous venons au monde, nous sortons d'un cocoon où tous nos besoins étaient satisfaits, un monde où la frustration n'existait pas pour nous. Une forme d'illusion de toute-puissance
où l'on imaginait que le monde gravitait autour de nous. Ce qui est un processus normal en soi, lorsque le nourrisson évolue dans une famille aimante, dès qu’il exprime son mécontentement, sa mère « suffisamment bonne » ou autre figure d'attachement de substitution, semble disponible à tout moment. Vers 3 et 4 ans, il comprend qu’il ne peut pas tout obtenir, tout de suite. Toute notre vie d'adulte, nous connaîtrons des résurgences comportementales de ces mécanismes de frustrations vécus dans notre enfance, comme une sorte de nostalgie du contrôle absolu. A chaque fois que nous sommes confrontés à des limites, nous retrouvons la souffrance de ne pas être " tout-puissant". Une souffrance nécessaire !
Bienheureusement dans la frustration comme toute forme de souffrance peut-être utilisé comme un catalyseur de conscience. On peut prendre le temps de s'arrêter dessus, prendre le temps de l'écouter dans notre corps, écouter le besoin qu'elle cache, en comprendre la source, et pour ne plus en être esclave, en devenir pleinement conscience. Lorsque cette conscience élargie du " problème" se diffuse en nous, la tension provoquée par la frustration s'évacue tout naturellement. La frustration alors acceptée, peut être un moteur de conscience, pouvant libérer une énergie positive, créative et constructive.
Les causes fréquentes de la frustration sont le plus souvent liées:
- Aux perceptions déformées de la situation dans laquelle nous sommes, nous ne voyons que le côté négatif des choses.
- A la tendance à vouloir tout contrôler dans son quotidien, et l’impossibilité de maintenir le contrôle provoque en elle un sentiment de découragement.
- A l'incapacité à supporter le mal-être qu’implique le fait d’affronter les situations difficiles de la vie.
L'apprentissage à tolérer sa frustration s'avère être un atout majeur de notre bien-être. Cela permet de vivre avec moins de stress, de devenir capable de voir dans n’importe quel problème une opportunité de changement possible, et par conséquent, de pouvoir plus facilement trouver des solutions adéquates aux situations difficiles.

Une écoute de soi bienveillante nécessaire
C’est en acceptant la frustration que nous réintégrons peu à peu le monde qui nous entoure. Il est donc normal que nous soyons confrontés à des limites, cela nous a structuré enfant en nous procurant un cadre d'évolution sécure et constructif, et cela nous permet à l'âge adulte de garder cette structure en place.
L’angoisse de la confrontation aux limites créant la frustration, vient souvent d’un manque de conscience de nos limites, donc de notre propre identité.
Jusqu’à 4 ans, notre cerveau n’avait pas les capacités cérébrales pour affronter la frustration en toute sécurité. Le lobe frontal qui permet de « gérer » la frustration n’était pas mature. Il était vite submergé par une tempête d’émotions, autant de réactions hormonales, qu’il ne pouvait pas maitriser et que l’on a longtemps pris pour du caprice. Grâce aux pratiques méditatives, aux thérapies psychocorporelle, à l'hypnose ou la sophrologie par exemple, nous pouvons par une introspection consciente et bienveillante de notre " Moi d'Enfant Intérieur ", accompagner l’enfant que nous avons été a rétablir des connexions neuronales saines, lui permettant de faire face à cette fameuse frustration du présent.
S'écouter soi-même avec bienveillance, c'est aussi savoir reconnaitre ses besoins.
Ainsi, il ne s’agit pas de se précipiter pour assouvir systématiquement nos désirs, mais plutôt reconnaître nos besoins, être en interaction avec eux, nous permettant de devenir un adulte responsable et épanoui. Nous avons le droit d’éprouver de la colère, émotion naturelle de la frustration. A nous de nous inciter à mettre des mots sur notre vécu.
Il faut faire la différence entre écouter une émotion avec empathie et donner satisfaction sur tout. Une certaine dose de frustration est structurante. Mais lorsque nous nous voyons refusé ce que nous demandons et ne pouvons par exprimer notre colère pour se réparer de cette frustration nous dévellopons une grande impuissance.
Dans ces cas, nos émotions ont besoin d’être libérées afin qu'elles ne se transforment pas en un étau oppressant. Elles doivent être exprimées de manière respectueuse, en écologie avec soi-même.
Les personnes impulsives, compulsives, violentes, rageuses ont souvent été des enfants non cadrés, qui n’ont pas appris à gérer leurs frustrations et qui n’ont pas été aidé dans la compréhension de leurs besoins. Elles croient toujours que la réalité doit s’adapter à leurs rêves et fantasmes. Elles sont donc bloquées dans une immédiateté contraignante, les menant à n'avoir des objectifs qu' à courts termes. Impatientes, elles ne peuvent pas envisager l’avenir avec sérénité.

Passer de la frustration à l’action
La frustration permet de « pointer du doigt » nos désirs, nos ombres, les barrières que nous nous imposons et donc de mieux nous découvrir. Elle se libèrent très bien en thérapie, mais une pratique personnelle de certains exercices peuvent nettement améliorer notre rapport à la frustration.
Dans une mécanique de sublimation, elle peut être à l’origine des plus grandes réussites. De la frustration naît parfois l’action résiliente. Par exemple, être frustré face à une injustice peut vous motiver à vous engager dans une action humanitaire. Être frustré d’avoir des difficultés financières va vous pousser à trouver un job lucratif…

Comment gérer la frustration?
Nous sommes tous confrontés par moments au sentiment de frustration, avec de l'entrainement il est tout à fait possible d’apprendre à la contrôler, même si en réalité il est impossible de s'en affranchir totalement. On apprend à la gérer mais on ne l'élimine pas totalement.
Voici quelques conseils pour gérer sa frustration:
- Prendre conscience du type de sentiment et d’émotion que la frustration génère en nous et l'analyser. Dans ces cas là, prendre le temps de faire une pause est nécessaire.
Arrêtez-vous sur les pensées qui construisent votre frustration, prenez le temps de revenir au présent en pratiquant une respiration consciente. Vous pouvez vous y entrainer en posant des post-it dans des endroits clés de votre habitat, dans votre portefeuille ou sur le tableau de bord de votre voiture par exemple, avec inscrit dessus " RTS, reviens à ton souffle".
- Apprendre à assimiler le fait que les désirs ne sont pas des nécessités qui demandent une solution immédiate. Un désir cache toujours un besoin.
Prenez-le temps d'écouter votre besoin émergeant de la situation, plûtot que de faire focus sur votre désir. Prendre conscience de l'impermanence des désirs aide à s'affranchir de l'attachement aux objets de frustrations convoités...
- Reconnaitre que la perfection n’existe pas, et qu’une trop grande exigence envers soi favorise la frustration et paralyse la productivité et la capacité d’être créatif.
Identifiez la croyance liée à votre frustration, par exemple : " je dois être parfait(e) dans tous les domaines" ; " je n’ai pas droit à l’erreur "; " la vie doit être juste " ; " les événements doivent se passer comme je le souhaite " ; " les autres doivent toujours faire et dire ce à quoi je m’attends"…
- Changez votre vocabulaire. Le rapport conscient à notre language ouvre des portes de conscience de soi plus vastes et développe les capacités d'évolution.
Remplacez " c’est inacceptable ", " c’est l’enfer ", "c’est difficile " par " cela fait partie de ma vie ". Faites-en un mantra positif que vous répétez dans votre pratique de respiration consciente, cela vous aidera à favoriser un ancrage positif d'acceptation ( Voir article sur l'auto-suggestion ).
- Identifiez le niveau de gravité réelle de la situation afin de le relativiser :
Demandez-vous: "Quelles sont les conséquences immédiates sur ma vie, de ce qui est en train de se passer en moi ? Quelles en seront les conséquences dans 20 ans ? "
- Demandez-vous si vous avez un pouvoir d'action concret sur la situation ?
Si oui, agissez, si non, il n’y a plus qu’à choisir de lâcher prise. Faites ce qui fonctionne le mieux.
Acquérir la sagesse de tolérer une frustration est un qualité d'être qui a besoin de pratique évolutive et de beaucoup de patience. Bien que nous ne puissions être maître de tout en toute circonstance, avoir l'humilité de le reconnaître donne la conscience de pouvoir accueillir certaines situations problématiques avec conscience et présence, n'oublions jamais que la satisfaction d’avoir surpassé des difficultés, sur le long terme donne une grande force, ce qui ne nous tue pas nous rends plus fort.
Alexandre JEROME.
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